Dans le livre "Le temps du maquis" (première édition) pages 158 à 160
Marc Parrotin a écrit :
Chaque nuit, nous étions ravitaillés par une équipe de J.C. qui
nous apportaient la nourriture à la carrière de Semme, mais devaient
ignorer l'emplacement de notre camp. Les renforts arrivèrent sans discontinuer
sept réfractaires se joignirent à nous la première semaine, dont
Camille Vaugelade, Camille Bruat de Bridiers et Miguel Lopez, un républicain
espagnol. Beaucoup d'autres camarades se sont présentés et, au 14
juillet, nous étions déjà plus d'une quarantaine de
maquisards.
Il a fallu sans, cesse édifier de nouvelles cabanes couvertes de
fougères. L'eau passant au travers des toits, nous les avons renforcés
de branches de sapin, ce qui ne nous empêcha pas, une nuit d'orage,
d'être trempés par une pluie torrentielle. Le lendemain, dès
l'aurore, nous avons allumé un grand feu, à la façon des Sioux,
pour sécher vêtements et couvertures.
Nous avons alors essayé de recouvrir les toitures avec des mottes de gazon,
mais leur étanchéité s'est avérée insuffisante.
Alors, nous avons décidé de réquisitionner des bâches de
moissonneuses-lieuses et de batteuses dans les environs. Notre matériel de
cuisine avait été « raflé » chez un pétainistes au
château de la X... La vie au camp s'était organisée
militairement ; nous étions divisés en groupes de garde, de
corvée, d'instruction et de repos, changeant alternativement. Notre armement
s'était complété. Un soir, nous nous sommes rendus à
quelque douze kilomètres du camp, à l'entrée du village de
Bridiers. Là-bas, au pied du château d'eau, les légaux nous ont
remis des mitraillettes, des révolvers et des grenades parachutés.
Vidal (Miguel Lopez) qui était devenu notre instructeur militaire, nous a
réparé un fusil-mitrailleur récupéré en 40, lors
de la Débâcle.
Ce n'était pas équipé. Il n'y avait rien. Nous sommes allés chercher des couvertures
au château de La Fôt près de Noth. (Vous vous rendez compte! A pied , à travers champ ,
une quinzaine de kilomètres ).
On se remplaçait toutes les 2 heures pour faire la garde jour et nuit. On montait
la garde,on faisait des rondes. Moi, je ne suis resté que 10 ou 12 jours. Je suis
parti dans le groupe " Estienne d'Orves " avec 8 autres.
Il y avait des cabanes en fougères et on avait été faucher des bâches sur une
lieuse qui était dans un champ.
Le camp avait de gros arbres. C'était plus touffu. On pouvait mieux se camoufler. On
était bien. Il faisait beau à l'époque.
C'était un camp d'entraînement, d'attente. On habituait les gens au combat.
Les mitraillettes partaient toutes seules.
Il y a un arbre qui doit avoir pas mal de balles. Il servait de cible.
Je suis arrivé en juin. On était une quarantaine. Le groupe d'Estienne d'Orves est
parti pour faire des sabotages
A Montautre, je portais le nom de B., j'étais le chef du camp. Nous étions
3 responsables : Le commissaire aux opérations, le commissaire aux effectifs et
le commissaire technique.
Quand je suis arrivé, le camp était déjà aménagé. Comme j'avais une expérience
militaire on m'a nommé commissaire aux opérations.
Les nouveaux arrivants au camp subissaient un interrogatoire en présence des
commissaires aux opérations et aux effectifs. Nous n'avons jamais rejeté personne.
Sauf un, qui est reparti après deux jours, car il ne pouvait pas s'habituer à ce
mode de vie.
V. et moi avions fait l'armée. V.apprenait aux gars à se servir d'un fusil mitrailleur.
Et moi, je leur apprenais à se camoufler, à lancer les grenades, à ramper. J'aurais
pu aussi bien les initier à se servir du FM. J'étais capable de démonter et de remonter
le FM, avec les yeux bandés. Les gars jouaient avec des mottes de
terre au lieu d'écouter.
A Montautre, un soir j'étais de garde à la cuisine. Il y avait des écureuils qui
allaient manger dans la cuisine. Elle était faite avec des morceaux de bois, des
fougères, de l'herbe. Une première bâche avait été récupérée sur la lieuse de la
coopérative. Çà avait fait des histoires. Puis plus tard, la bâche d'une batteuse
avait aussi été récupérée.
On allait chercher l'eau en bas dans un trou d'eau. Le camp c'étaient des perches
avec des bouts de bois. On disait des chalis. On mettait des fougères. Après, on a
eu des bâches qui ont été piquées de tous les côtés (sur les batteuses, les lieuses).
Personne ne disait rien. Ils savaient bien où elles étaient.
La barrique pour la bidoche était enterrée. Il y avait un essaim de mouches.
Il y avait un coin - cuisine. On avait de la purée, des pommes de terre. La viande,
c'était de la bonne viande de veau, de mouton. C'est le pain qui nous manquait.
La mère de G. faisait le pain.
Le cuisinier du camp était de Fleurat. On était bien 40. On était tranquille
si on n'avait pas été attaqué.
Au camp, on grattait sur les arbres (des hêtres) des initiales.
Au camp, on avait des mitraillettes, des revolvers, un fusil mitrailleur, des
fusils que l'on avait été chercher à Savignat qui étaient restés de la débâcle.
Ils avaient collé ça dans un trou. On les a nettoyés, graissés comme il faut. Et
on les essayait avec V.. Pour tirer sur la gâchette, on prenait une ficelle, on se
mettait à 5 ou 6 mètres pour les tester.
Certains restaient, d'autres repartaient. Nous, on ressentait mal ces mouvements
d'effectifs. Au mois d'août on était bien une soixantaine. Avec R., (B.) c'était
très bien. Il avait mis de l'ordre dans le camp. C'était notre chef le jour de
l'attaque. Je me souviens de certains: B., D. (dont le père était au bagne), A. Les
Espagnols, V. et les autres nous avaient fait du bien. Ils avaient de l'expérience.
Ils étaient plus âgés que nous. Ils avaient environ 50 ans. C'était tout pour eux.
Ils étaient toujours partant, mais ils savaient aussi rapidement se mettre à l'abri.
Je suis arrivé fin juin, début juillet. Je me souviens de la cabane de B. en haut.
Elle était un peu retirée. Et nous, nous habitions en face. Le toit était en fougères,
les lits étaient de fougères, les murs étaient en fougères.
Ici, j'ai perdu mon briquet.
J'ai ramené d'ici une couverture. Je l'ai encore à la maison. Elle est effrangée.
Au camp, je n'avais pas de responsabilité particulière. J'étais dans les baraques
avec les autres et j'effectuais les tâches qui nous étaient demandées : entraînement,
ravitaillement, tour de garde...Je crois que nous récupérions le ravitaillement dans
une carrière. Notre chef, B. ( R. B.) appliquait une discipline très stricte. Nous
devions être actifs et ne pas rester couchés. Par la suite, j'ai toujours entretenu
d'excellentes relations avec lui et sa femme.
Pour les entraînements, c'est V. qui s'en occupait. Il nous formait au maniement des
armes et au tir. Il nous expliquait ce que nous devions faire pendant une attaque : ne
jamais rester à découvert, progresser d'arbre en arbre...
Le terrain d'entraînement était de l'autre côté de l'étang pour mon groupe.
En ce qui concerne l'organisation du camp, les tâches avaient été réparties.
L'abri était très sommaire : des perches et des branchages. Il y avait des
écureuils qui s'approchaient, attirés par la présence de nourriture (beurre).
Ils rentraient sous l'abri et y laissaient des puces. C'est M. qui était notre
cuisinier. Des récipients avaient été récupérés pour préparer la nourriture pour
une trentaine, puis une quarantaine de maquisards.
Je me rappelle d'un grand cuisinier, costaud. Il faisait cuire ça dans la" casse",
la machine en fonte, la chaudière.
Je me rappelle l'abreuvoir où l'on se débarbouillait. C'était un machin
en pierres. Il y avait une couleuvre en permanence dedans. Quand on descendait
se débarbouiller, la couleuvre se sauvait. C'était juste en bas. On descendait
en bas. On était juste à Fromental.
J'allais garder les vaches dans les prés entre Montoys et les bois du maquis.
Au début, la rumeur dans le village, faisait allusion à des gens dans les bois ...Puis
ensuite, on a utilisé le terme "Maquis", et on remarquait de la fumée qui montait
au-dessus des bois parfois. Par la suite, j'ai eu la visite d'un ou deux jeunes,
quand je gardais les vaches. Ce n'étaient pas toujours les mêmes. Les prés étaient
à environ 200 mètres de la lisière du bois. Les maquisards étaient habillés en civil,
et apparemment, ils n'étaient pas armés ; Je ne m'approchais pas du bois, sauf un
dimanche où C. m'a fait traverser le camp. Nous étions tout un groupe en promenade
et C. m'a fait passer à proximité du camp. Je suis la seule à y être passée. Mais je
n'ai pas voulu véritablement regarder.
Le père V. (E.) avait amené avec son cheval une chaudière depuis la ferme de Nuy.
Il l'avait déposée près de notre grange et ce sont les maquisards qui l'ont emmenée
au camp la nuit. Elle a servi pour faire cuire les pommes de terre ou d'autres légumes.
On a donné quelques outils également pour qu'ils puissent aménager le camp. On ne les
a jamais récupérés (pioches, faux...).
Les maquisards avaient installé des plates-formes sur le terrain. C'est encore visible
actuellement. En haut, il y avait celle du baraquement et au poste de garde du côté du
pré de Robert il y en avait une plus petite avec un abri pour la garde. Les abris
étaient faits avec des piquets, des perches, le tout recouvert de fougères et de
bouts de bâches récupérés sur les lieuses et les batteuses dans les champs ou les
villages alentour.
Je crois qu'il y avait une autre plate-forme dans les bois de Chabannes, mais je n'en
suis plus tellement sûr.
Les maquisards sortaient du bois vers Chabannes. Ils allaient dans les cafés de
Chabannes, à Bellevue, Magnon et à la sortie de Chabannes chez P.. Il y avait un
bistrot au Nouhaud chez la mère L. , une vieille dame.
Je voyais les maquisards. Il y en avait aussi qui venaient écouter la radio le
soir à la maison. Il y avait peu de radio à ce moment - là. Je crois qu'il n'y
en avait que 2 ou 3 dans le village, R., M. et mes parents.
C'étaient les mêmes qui venaient au café du Nouhaud. Ils disaient qu'ils allaient
chez "La M.". En effet, la patronne était la femme d'E. L. et on lui avait attribué
le surnom de " M. "
Certaines armes distribuées au maquis provenaient du matériel abandonné par
les militaires au moment de la débacle et par des dons personnels.