Le 21 août 1943, les six réfractaires sont interrogés à la prison de Guéret
par l'inspecteur A.S. de la 20° brigade de police de sûreté de Limoges.
Début octobre 1943 la Section Spéciale de Limoges juge et prononce
les condamnations.
Le 12 octobre, les 6 condamnés sont envoyés à la Centrale d'Eysses prés de
Bordeaux. Ils y sont rejoints par Camille Gaulier du village du Nouhaud,
situé à côté du camp de Montautre, accusé d'avoir saboté une batteuse.
Le 29 mai 1944, un train spécial achemine les détenus d'Eysses à Compiègne.
Le 20 juin 1944, 1 200 prisonniers partent de Compiègne pour le camp de Dachau.
Août 1944, 1 500 détenus de Dachau sont déplacés vers Mauthausen.
De commando en commando les six réfractaires ainsi que Camille Gaulier subiront
la dure vie des camps de concentration (Melk, St Valentin, Ebense..).
Alberto Sanchez va en mourir, il ne verra pas l'arrivée
des alliés le 8 mai 1945.
Ils seront rapatriés en France le 25 mai 1945. Camille Guillot
ne survivra que peu de temps.
Dans le livre "Le temps du maquis"
(première édition) pages 161
Marc Parrotin a écrit :
Epilogue judiciaire.
Un jugement en date du 12 octobre, rendu par la section spéciale de la
cour de Limoges, condamna les prisonniers de Montautre pour rébellion et
détention d'armes.
Bernard Violon, d'Orléans à 7 ans de travaux forcés.
Raymond Maligner, de Panazol à 5 ans de travaux forcés.
Marcel Aucomte, de La
Souterraine à 5 ans de travaux forcés.
Camille Guillot, de Limoges à 7 ans de travaux forcés.
Guillaume Allegria de Vacaras à 5 ans de travaux forcés.
Alberto Sanchez, d'Aviles à 7 ans de travaux forcés.
Après la révolte de la Centrale d'Eysses, ils furent tous
déportés en Allemagne ;
Alberto Sanchez y mourut et Camille Guillot décéda peu après
sa libération.
Quant à Christiane Maligner et Renée Crétin, deux femmes
arrêtées près du camp, elles
furent condamnées pour assistance aux réfractaires à trois
mois de prison.
Moi, j'ai été arrêté. Les GMR m'ont monté au camp. Mais les gars étaient partis. G.
et les deux Espagnols ont été pris .Ils sortaient dans les champs, quand ils ont fait
les sommations. Au lieu de s'aplatir et de se sauver, ils ont levé les bras. J'étais
témoin.
J'ai été arrêté en poste derrière, juste au champ. Le gars qui était avec moi s'est
sauvé. C'est lui qui m'a fait prendre. Je ne sais pas son nom. Il était rentré de
la veille ou l'avant veille ( je ne peux pas le décrire).
Lui, il les a vus, c'est un réflexe. Je n'ai pas lieu de lui en vouloir. Mais avec
le vacarme qu'il a fait, je me suis fait "tauper". Alors que les GMR pouvaient très
bien passer et ne rien voir.
Il est rentré au camp.
L'attaque a commencé du côté du fusil mitrailleur.
Au moment où l'attaque a été lancée, je suis allé prendre mon poste de garde,
rejoindre le gars qui y était. Je ne peux pas dire exactement l'heure, peut-être
7 heures.
Je ne sais pas si je suis le premier pris. Mais je suis un des premiers. Ils me
montent en haut du camp et je retrouve A. et M.. Je ne sais pas comment ils se sont
faits prendre.
Ils nous ont rassemblé tous les 6 et les 2 filles. Elles sont montées dans le convoi
pour partir. On est parti sur Guéret à travers la campagne.
L'interrogatoire a été fait le lendemain à la prison de Guéret. Puis à Limoges où on
a été condamné;
Ceux qui avaient été pris les armes à la main ont eu 7 ans de travaux
forcés et les autres 5. C'est à Limoges que l'on a retrouvé D. et C.. On a été emmené
à Eysses jusqu'au 29 mai 44, c'est la veille du débarquement. Les voies étaient coupées.
Pour aller à Compiègne, on est passé à Blois Tours. Des moments le train
s'arrêtait . On s'est tâté pour fuir.
A limoges, on était mélangé avec les droits communs. Il y avait les gitans, un gars qui
avait tué sa femme.
A Limoges, il y a eu le procès. Ils m'ont mis un avocat d'office.. Il est arrivé, il
connaissait tout mon passé et il savait que j'avais refusé de prêter serment à Pétain
étant à Bizerte. Je lui ai demandé où il avait eu ça. Il m'a répondu:" Le ministère des
armées n'est pas fermé. Il existe encore." Il y avait un rapport.
>
Le procès, c'était la section spéciale. Il y avait des mutilés, des vieux de 14-18
avec deux magistrats. C'est là qu'on a su qu'il (S.) était en rapport
avec la famille A.
De Eysses, j'ai échoué à Compiègne, de Compiègne j'ai échoué à Dachau où là j'ai
réussi à me sauver de tous les commandos, du boulot. Un jour, ils nous ont emmené
1500 à Mauthausen. Ils dégageaient Dachau pour y mettre les Polonais, les Lithuaniens,
Ukrainiens.
A Mauthausen, j'ai fait "La carrière" un moment et après "Saint Valentin". C'était
une usine de chars en Autriche. J'ai été viré car c'était un ingénieur qui avait
fait toutes ses études à Paris.
J'ai été échoué à Melk. C'était dur . On a eu jusqu'à -35° -40°.
A Dachau, j'ai eu une armée de copains qui y sont restés.
J'ai été libéré le 8 mai 45 par les Canadiens à Ebensée.
A. et M. étaient aussi à Dachau. Mais eux avaient été pris dans les commandos. Moi,
je me faufilais. J'avais trouvé le joint. Ils nous mettaient en colonne par ordre
alphabétique. Ils prenaient un coup le début, un coup la fin. J'ai réussi à passer
à travers pour ne pas aller bosser.
G. est mort dans l'année de son retour. Il n'y a qu'A. et S. que l'on n'a pas revu.